Dossier :
La modernisation du parc existant des ascenseurs
Depuis la Loi Robien il est ou va être nécessaire de refaire, ou de rénover énormément d’ascenseurs partout en France.
En effet, le parc d’ascenseurs français est le plus vétuste d’Europe, avec 450 000 appareils dont la moitié a plus de 20 ans. Des ascenseurs classés dans la catégorie « à risques ». Après notamment une série d’accidents qui ont fait les Unes des journaux, les pouvoirs publics ont pris la mesure de l’urgence qu’il y a à réhabiliter ce parc, pour des questions évidentes de sécurité. En 2002 un vaste plan de rénovation a été voté, dont l’objectif est l’installation systématique de dispositifs de sécurité sur une période de 15 ans.
Les premiers appareils visés par cette loi sont les ascenseurs construits dans les années 30 que l’on trouve principalement dans les immeubles parisiens. Ils présentent des risques importants. Jean-Pierre Cadeau, Délégué Général de la Fédération des Ascenseurs, nous explique quelques unes des priorités :
- la clôture de gaine toute hauteur, avec un grillage au maillage adéquat, certaines cages d’ascenseurs n’étant protégées que par des ferronneries jusqu’à 1.70m de hauteur, le risque étant de pouvoir passer la tête par-dessus ce grillage.
- La précision d’arrêt de l’ascenseur : si la cabine ne s’arrête pas très précisément à la hauteur du sol, le risque est évident : on trébuche. Pour les personnes âgées il y a un fort risque de chute, bien connu des professionnels.
- Un système de communication directe avec le service de télésurveillance.
- Pour l’ouverture des portes au passage et la réouverture si une personne est sur l’entrée même dans la cabine (pour éviter que les portes se referment sur la personne), il faut désormais une cellule toute hauteur qui capte le passage, au lieu d’un seul point de captation…
La loi Robien vise, avec ses 17 mesures, à mettre l’ensemble du parc en conformité avec les règles de sécurité retenues et essentielles. Elle permet aussi d’assurer une plus grande sécurité pour les techniciens (câbles de soutien, poulies, arrêts d’urgence, système de parachute, bouton d’alarme pour le technicien…)
Trois tranches de travaux sont prévues jusqu’en 2018. L’ampleur de la tâche est donc particulièrement importante pour les entreprises du secteur. Jusqu’à présent la réglementation ne prévoyait que l’entretien des ascenseurs. Aujourd’hui il y a un surplus d’activité pour un nombre d’entreprise restreint qui ont du mal à répondre à la demande. C’est pourquoi le délai initialement imposé par la loi a été repoussé.
La conjonction de cette forte demande et du peu d’entreprises a un effet pervers : les prix sont en hausse et varient énormément d’une entreprise à l’autre. Sur la base de 450 devis partout en France, le magazine « Que choisir ? » a constaté ces effets pervers :
- après avoir annoncé un coût de 10 000 euros par ascenseurs, la facture s’est élevée finalement en moyenne à 22 000 euros
- une concurrence qui fonctionne difficilement, sur un marché très concentré,
- des co-propriétaires qui ont rencontré beaucoup de difficultés à obtenir des devis,
- et des devis très peu détaillés.
On constate en effet que 4 entreprises se partagent 90% du marché des ascenseurs en France. La facture est aujourd’hui estimée à 6 milliards d’euros contre les 4 milliards prévus au départ. Pour la Fédération des Ascenseurs, l’explication n’est pas que les prix ont augmenté, mais que les propriétaires ont fait plus que les rénovations initialement imposées, en ont profité pour améliorer diversement leurs ascenseurs et donc la facture estimée au départ, basée sur les rénovations de base s’est avérée moins élevée que celle finale, qui tient compte de ces travaux et prestations supplémentaires.
Enfin, dernier effet de cette concentration du marché et de la hausse de la demande, c’est l’actuel manque de main d’œuvre. Ce qui a pour conséquence une embauche de 1500 techniciens par an.